Editorial
L'essence est moins chère que l'eau L'automobiliste non averti s'étonnera en lisant ce titre. Pourtant c'est vrai: l'essence est moins chère que l'eau, encore faut-il ajouter que nous parlons d'eau minérale.
Cela ne change d'ailleurs rien au message que nous désirons transmettre. La production d'essence à partir de pétrole brut est un processus bien plus compliqué que le captage et l'embouteillage d'eau de source. Le prix de base à la pompe des produits pétroliers, c'est-à-dire sans accises et autres prélèvements, est cependant bien inférieur au montant payé par le consommateur pour un litre d'eau minérale dans un supermarché. En bref: l'essence n' estpas chère, elle est renduechère.
Est-ce grave? Cela dépend. Pour l'automobiliste, c'est bien pénible de devoir débourser tant d'argent pour un produit qui est en réalité bon marché. Pour les autorités, les accises représentent une source de revenus indispensable. Elles justifient ce raisonnement par l'intérêt général: les caisses de l'état doivent profiter de la vente de l'essence et d'autres carburants. L'utilisation de nos véhicules engendre des frais importants, surtout pour l'aménagement et l'entretien des routes. De plus, les autorités précisent que les voitures provoquent indirectement d'autres frais à la société, suite aux accidents routiers par exemple, mais également parce que l'environnement subit les effets des gaz d'échappement. Les accises servent à compenser ces frais.
Inutile donc de se demander si les accises sont nécessaires. On peut toutefois s'interroger quant à leur montant. A ce sujet, les autorités ont parfois des idées de grandeur. Pour les entreprises, et les compagnies pétrolières n'y font pas exception, il est d'importance vitale que les rapports concurrentiels ne soient pas perturbés. Toutes les parties sur un même marché doivent pouvoir opérer dans des circonstances similaires. Cela signifie qu'il n'est vraiment pas intelligent d'imposer dans un pays ou une région des taxes considérablement supérieures à celles d'un autre pays. Les automobilistes qui habitent les régions frontalières vont faire le plein de l'autre côté de la frontière. Les conséquences extrêmes qui peuvent en découler sont bien connues par les Belges, les Français et les Allemands qui habitent non loin de la frontière luxembourgeoise. Dans leur propre région, il n'y a plus aucune station-service à trouver! La concurrence les a chassées par un rapport de prix faussé vu que le Grand-Duché n'applique pas de si hautes accises que ses pays voisins. A la frontière belgo-néerlandaise, il se passe la même chose, mais dans une moindre mesure. Ce qui vaut pour les accises à la pompe vaut en général également pour tous les impôts et prélèvements locaux sur les produits et les activités d'entreprise qui doivent concurrencer sur un marché international. De nombreuses autorités ne tiennent pas assez compte de cet aspect des choses. Les conséquences de la destruction de sa propre position concurrentielle, par exemple pour l'emploi, sont systématiquement sous-évaluées. Il faut cependant se rendre compte du fait que, s'il est aisé de chasser ses activités économiques de l'autre côté de la frontière, il est par contre bien plus difficile de faire revenir "ceux qui sont allés faire le plein de l'autre côté". Espérons que nos dirigeants intègrent rapidement ce principe comme élément fixe dans leur gestion!
Anton Buys
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