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Station Esso Dudok: Un patrimoine industriel

Il y a cinquante ans, l'architecte Willem Marinus Dudok dessinait un projet original pour les stations Esso. Durant de longues années, le toit en V, les longs auvents et la boutique vitrée ont été l'image d'Esso aux Pays-Bas.
Actuellement, ce concept est une référence dans l'architecture néerlandaise et il fait partie du patrimoine industriel. En mars, la dernière station Dudok a déménagé de l'Autotron à Rosmalen vers le Musée National de l'Automobile à Raamsdonksveer.

TEXTE ROB VISSERS | PHOTOS ARCHIVES HISTORIQUES ESSO

Comme un oiseau de proie, l'auvent étend ses ailes au-dessus du petit bâtiment rouge et blanc. Elles lui donnent une légèreté à laquelle on ne s'attend pas pour un bâtiment fonctionnel. Car la fonctionnalité et la facilité de construction primaient pour Willem Dudok lorsqu'il a dessiné la station en 1953. Cette année-là, lors d'un voyage aux Etats-Unis, il avait rencontré le directeur d'Esso Nederland qui lui avait proposé de concevoir une nouvelle station-service. En raison des carences de l'après-guerre, les matériaux de construction étaient chers et l'entreprise recherchait comment construire d'une manière bon marché des stations le long du réseau routier en plein développement. Les projets précédents tout en lignes droites ne passeraient pas les commissions d'urbanisme du gouvernement. Le style Dudok qui combine élégance et simplicité était pour Esso la solution idéale.

La station Dudok à Leende, à une près, la
plus petite avec septfenêtres et un îlot de pompe

La standardisation permettait à Esso de construire relativement rapidement et à faible coût de nombreuses stations. Ce concept était à l'opposé de celui des architectes qui travaillaient pour les autres compagnies pétrolières. Dans les années cinquante et soixante, ils élaboraient un projet original pour chaque site.
Dudok préférait la simplicité et avait imaginé une structure uniforme en béton, verre et acier. Le concept original partait du logo Esso ovale, soutenu par un toit en V qui reposait sur deux piliers en oblique au milieu desquels une construction carrée en verre abritait le magasin. Le kiosque transparent éclairé était visible de loin la nuit, comme Esso le désirait. Les pompes se trouvaient sous les auvents construits en béton.

De 1953 à 1967, 112 stations Dudok ont vu le jour le long des routes néerlandaises, toutes construites suivant le même principe. En raison de l'augmentation rapide de la circulation, des stations plus grandes étaient nécessaires. C'est pourquoi, le concept original qui mesurait douze mètres sur sept a été adapté par l'architecte Magnée, le collaborateur de Dudok. Il imagina la construction d'un kiosque plus grand avec quatre fenêtres au lieu de deux de chaque côté des piliers en béton. Cette initiative faisait disparaître la fonction de l'auvent, mais offrait par contre plus d'espace pour la vente de produits pétroliers. Les pompes qui se trouvaient auparavant sous l'auvent protecteur étaient placées sur des îlots indépendants. Mais la nécessité de stations-service de tailles différentes se faisait sentir. Deux nouvelles versions furent créées, préservant toutefois l'idée du concept original. A Nijmegen est apparue la plus petite version avec une façade de 6 fenêtres et deux vitres de chaque côté des piliers. La plus grande des stations Dudok comptaient douze fenêtres l'une à côté de l'autre. Elle a été construite entre autres au Kaapse plein à La Haye.

Une station Esso d'avant la guerre, avec un double auvent
et un intérieur rigide, à la Keulse Poort à Venlo, de 1933.
Cette station, laplus ancienne d'Esso aux Pays-Bas, fait actuellement
office d'entrée au musée limbourgeois d'histoire et du folklore.

La station-service Dudok fait partie d'une longue tradition architecturale. Les premiers kiosques apparaissent vers 1930 et sont principalement destinés comme abri pour les pompistes. Au-dessus des pompes, un auvent est placé pour protéger le personnel et les clients de la neige et de la pluie. Les compagnies pétrolières se rendent compte que les lieux de distribution d'essence sont des endroits idéaux pour faire du commerce. Des enseignes lumineuses illuminent les auvents et les kiosques deviennent des magasins. Ce qui provoque des protestations générales car les bâtiments enlaidissent le paysage. C'est pourquoi une commission d'urbanisme est créée qui surveille l'aspect extérieur des stations. Déjà avant la guerre, Esso publie un "Manuel pour l'amélioration de l'aspect et du service des garages Standard", qui reprend les prescriptions concernant la publicité et l'utilisation des couleurs. Après la guerre, la qualité de vie augmente tout comme le nombre de stations. La standardisation permet une construction rapide, économique et reconnaissable. Esso engage l'architecte Dudok qui met la célèbre station sur papier.

A l'époque, Willem Marinus Dudok bénéficie déjà d'une grande notoriété nationale et internationale comme architecte. Son style ne peut être résumé en une phrase. Au début, il est fortement influencé par les idées de Berlage, plus tard, on remarque comment il intègre dans son propre style les nouvelles influences architectoniques telles que le cubisme. Son œuvre est caractérisée par la sobriété. Il utilise généralement des formes géométriques telles que des blocs et des cubes dans ses constructions. Les façades sont droites et comportent beaucoup de verre. Cela se retrouve dans son concept des stations Esso. Le respect de Dudok pour la simplicité et la fonctionnalité a toujours été soutenu par sa recherche de l'esthétique. En 1951, il écrivait: "J'aimerais que nous puissions être guidés non seulement par la sagesse d'esprit, mais également par la sagesse de cœur, afin de donner à cette époque passionnante sa propre beauté séduisante, une beauté essentielle à la vie." Selon les connaisseurs, il y a réussi.

La station de Loenersloot, qui a été déménagée en 1995 à l'Autotron
à Rosmalen, à son lieu d'origine sur le Rijksweg 2 en 1954.

Malgré l'admiration de ses collègues, la valeur historique des concepts de Dudok et d'autres bâtiments industriels n'a été reconnue que bien plus tard. L'architecture industrielle était en effet destinée à être utilisée, mais pas pour l'éternité. C'est ainsi que presque toutes les stations monumentales des Pays-Bas ont disparu sous le marteau piqueur. Une des raisons principales fut la crise pétrolière de 1973, lorsque les compagnies pétrolières sont passées à grande échelle aux stations libreservice, ce qui s'est traduit par la fin des petites stations. Les constructions et l'infrastructure de plus en plus importantes, les normes sévères en matière de sécurité pour éviter les attaques à main armée et les prescriptions environnementales de plus en plus astreignantes ont donné le coup de grâce à la plupart des petits pompistes. Les stations libre-service sécurisées étaient devenues la norme.

Le Esso Service Center à La Haye en 1955,
le plusgrand type Dudok.

La dernière station Dudok à Vinkeveen allait disparaître en 1994, lors de l'élargissement de l'A2. Lorsque l'Autotron Rosmalen l'a appris, la direction du parc d'attractions a contacté le Bureau des Monuments de la province d'Utrecht pour examiner la possibilité de sauver le bâtiment. En tant que propriétaire, Esso était prêt à céder le bâtiment et à fournir sa contribution au déplacement vers le village du Brabant. Le 5 janvier 1995, un camion surbaissé s'est mis en route transportant ce mastodonte de 108 tonnes vers Rosmalen. Il n'est cependant pas arrivé le jour même. Une tempête de neige a obligé le chauffeur à interrompre son voyage, qui ne s'est terminé que le lendemain.

Près de dix ans plus tard, le petit bâtiment a une fois de plus été déménagé avec l'aide d'Esso Nederland. Durant le week-end des 7 et 8 février 2004, il a été transporté sans problèmes notoires jusqu'à l'entrée du Musée National de l'Automobile à Raamsdonksveer, qui a récemment repris quasi toute la collection de voitures de l'Autotron. La petite station Esso Dudok a enfin trouvé son lieu de repos définitif.

Après son déménagement de l'Autotron à Rosmalen,
la dernière station Dudok est reconstruite
au Musée National de l'Automobile à Raamsdonksveer.
PhotoKees Stuip.


Source:
Buiten Bedrijf: Benzinestations, Roland Blijdenstijn e.a., St. Publikatieford, Industrieel Erfgoed Nederland;
De Maasgouw, jg. 115, 1996, afl. 3, Bureau LGOG Maastricht;
Tussen Vecht en Eem, jg. 11, 1981, nr. 2, St. Tussen Vecht en Eem.

Voir aussi:

Qui est Dudok?

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